Pédagogie & TUICE

Un blog de Bruno Parmentier

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TUICE et tâches complexes

| 2 commentaires

Le contexte :

l’IFP, Institut de Formation Pédagogique Nord Pas de Calais / Université Catholique de Lille, où je travaille, a lancé cette année à destination des enseignants du 1er degré une action de formation continue autour des compétences et du socle commun de compétences. Intitulée "Sens, souffle, socle", cette formation se voulait une approche différente, autour de la notion de compétence. Alain Bollon, expert en évaluation des systèmes éducatifs auprès de l’UNESCO et de la Communauté Européenne, a introduit la formation en octobre 2012 lors d’une conférence, où il a pu redéfinir ce qu’est une compétence, comment mettre en place des actions pédagogiques pour les développer et les évaluer. Vous trouverez sur le site de l’IFP les notes de conférence.

Cette journée de réflexion introductive a été suivie d’une deuxième journée, où les enseignants étaient invités, par équipe d’école, à réfléchir au choix sur des thématiques diverses, permettant la mise en oeuvre des démarches préconisées par Alain Bollon ; le but étant de commencer à élaborer un projet pour sa classe / son école. J’ai été chargé de la thématique TUICE et j’ai donc animé le 16 janvier dernier une journée de formation sur le thème "Les TUICE, un levier pour apprendre", autour des tâches complexes.

Ayant élaboré pour cette journée une démarche de formation et des documents support, je me suis dit qu’il était dommage de ne pas en faire profiter les collègues, au delà de la vingtaine d’enseignants présents le 16 janvier. C’est l’objet de cet article.

Si la formation s’adressait aux enseignants du 1er degré, je pense que la démarche peut s’appliquer sans problème au secondaire et même à l’université. Par contre, la partie "outils TICE" devra sans doute être adaptée : beaucoup des outils décrits ne sont pas réservés à un cycle, mais ils ont été choisis en pensant au 1er degré (maternelle et élémentaire).

N’hésitez pas à commenter cet article. Vos commentaires peuvent initier une discussion intéressante autour de ce thème, compléter mon point de vue…

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Outils anciens (Braderie de Lille) – Photo : Bruno Parmentier

Nous avons d’abord redéfini les notions de compétence et d’évaluation des compétences, d’apprentissage, en guise de rappel de la conférence du mois d’octobre (voir la carte mentale, support de formation de la journée du 16 janvier [point 1]* et les notes de conférence, accessibles à partir de la carte et de cet article).

Ensuite, nous avons réfléchi sur les tâches qu’un enseignant réalise / fait réaliser en classe (de façon parfois inconsciente : la démarche de formation étant justement destinée aussi au retour réflexif sur des pratiques) ; j’ai tenté de les définir et de les classer de la moins complexe / interactive à la plus complexe / interactive (pour plus de détails : carte mentale [point 2])

  • montrer, expliquer : l’enseignant, les élèves, "montrent" et expliquent des faits, des notions…
  • (s’)entrainer : exercices, manipulations, jeux sérieux…
  • produire, créer : du texte mais aussi de l’image, du son, de la vidéo, du multimédia
  • collaborer : travail de groupe, travail collaboratif, travail sur projet
  • travailler en réseau : autour du projet, travailler avec d’autres classes (au sein de la même école ou non : cf. jumelages de classes), avec des "experts" qui interviendront à distance (mail, webconférence)

Ce classement fait apparaître, en fin de liste, c’est à dire dans les tâches les plus complexes et interactives les notions importantes quand il s’agit de tâches complexes : le travail sur projet (qui suppose donc un déroulement dans le moyen / long terme), la notion de collaboration, en classe et en dehors de la classe, la notion de diffusion des productions réalisées au delà des murs de la classe.

Je pense en effet qu’en matière d’utilisation des TUICE il y a bien sûr les usages "instantanés", "ponctuels", "quotidiens" où les TUICE sont un des outils à la disposition des élèves et de l’enseignant (consultation d’une ressource, réalisation d’un exercice, production rapide…) ; mais je vous conseille, pour aller plus loin dans leur utilisation et dans le développement des compétences de vos élèves, d’inclure l’utilisation des TUICE au sein de projets collaboratifs de plus grande envergure : dans toutes les classes ou les écoles, les équipes ont de tels projets. Les outils TUICE vont y rendre de grands services et leur utilisation dans ce cadre développera chez les élèves une utilisation raisonnée et combinée d’outils et de démarches, qui contribuera au développement de vraies compétences, au delà des habiletés "de base", vers une véritable "culture numérique" des élèves.

Tout cela nécessite bien entendu un "environnement numérique d’apprentissage", à créer en classe, c’est à dire un minimum de matériel et d’outils. Voir le descriptif des éléments de cet environnement sur la carte mentale [point 4]. Connaissant les difficultés de certaines écoles à se doter d’équipement informatique, j’ai insisté sur le fait qu’on pouvait très bien faire réaliser des tâches TUICE complexes aux élèves sans avoir un "super équipement" : un, deux, trois PC ou tablettes dans la classe suffisent largement ; le TBI n’est pas obligatoire… Par contre, pour pouvoir profiter des nombreux outils gratuits et ressources en ligne, pour pouvoir collaborer, travailler en réseau, une connexion à Internet s’impose. J’ai détaillé ressources et outils web et logiciels possibles pour construire cet environnement numérique d’apprentissage sur cette autre carte mentale ("catalogue" d’outils possibles, avec les liens pour les trouver directement sur le web) – [ Version pour le 2nd degré ] [Version adultes et enseignants]

En préparant cette journée de formation, j’ai tenté de synthétiser mes réflexions autour de la démarche de construction de compétences TUICE à partir de tâches complexes en essayant de la modéliser. Je me suis appuyé pour cela sur la démarche proposée par Alain Bollon (en cohérence avec la définition de compétence telle que donnée par l’UNESCO) et me suis aperçu de la cohérence de la démarche également avec la taxonomie de Bloom, classant les objectifs pédagogiques et les activités des élèves de la plus simple à la plus complexe.  Voici en quelques mots ce que je propose (pour plus de détails : carte mentale [point 5]).

Comme tout modèle, celui-ci est destiné à expliciter et faire comprendre, il ne s’agit pas d’une recette, à appliquer à la lettre dans tous les cas. Mais il me semble important, dans une tâche complexe TUICE, de distinguer plusieurs "phases" :

  1. rechercher, présenter, expliquer (prof ou entre élèves) : pour rappeler des notions antérieures (pré-requis), proposer des nouveaux faits ou des nouvelles notions, des connaissances,  qui seront utiles pour le projet
  2. garder des traces, organiser : garder des traces des recherches, rassembler et organiser les faits et notions découverts ; cela est une phase qui me semble essentielle, c’est celle qui permettra aux élèves de créer du lien entre les éléments jusque là disparates qu’ils ont découverts ; et créer du lien, c’est clarifier et comprendre.
  3. produire : "écrire" (texte ou médias : on peut "écrire" de façon sonore ou en images, en vidéo) permet aussi de comprendre, cela permet aussi de synthétiser, d’assimiler, de mémoriser. Et produire en collaboration, de plus en vue d’une diffusion ajoute une "couche" supplémentaire dans la compréhension et l’assimilation : explicitation par les pairs + nécessité d’être clair pour être compris par les autres, tout ceux qui découvriront nos productions
  4. diffuser : la diffusion oblige à être très clair dans l’exposé des contenus, à soigner la correction et la présentation des supports (y compris orthographe, synthèse, registre de langage…) ; à réfléchir aux contenus : je ne peux pas écrire n’importe quoi si tout le monde va pouvoir le lire : on travaille aussi sur les aspects légaux et déontologiques. Tout cela renforce les capacités d’expression, de recul critique, de respect des règles…

Suivant les démarches évoquées par Alain Bollon, je préconise de préparer la / les séquence(s) pédagogique(s) correspondant à cette tâche complexe, à ce projet, à rebours, c’est à dire en commençant par le 3 et le 4 et en finissant par le 1 : en effet, c’est dans la production et la diffusion de cette production que vont pouvoir se développer des compétences contextualisées et porteuses de sens. De même pour la présentation du projet aux élèves : ce qui va les motiver, c’est de savoir (par exemple) qu’on va créer un magazine en ligne, que tous les copains de l’école et d’ailleurs, les parents, la famille… vont pouvoir lire et dans lequel on racontera tout ce qu’on a fait et découvert en classe verte. Qu’à travers cela vous poursuiviez des objectifs pédagogiques précis, qui vous sont dictés par votre progression, votre programmation, les textes officiels et programmes, c’est de la "cuisine pédagogique" (allez, disons de l’ingénierie pédagogique), qui ne concerne que vous même, votre chef d’établissement, votre inspecteur…

L’évaluation des compétences complexes développées (y compris celles du référentiel B2i) se fera bien entendu tout au long du projet : positionnement, démarches, contrôle des connaissances, compétence finale. Le tout sur la base de critères et d’indicateurs clairement identifiés  par vous et par vos élèves (voir les notes de la conférence d’Alain Bollon).

Pour ce qui est des compétences internet et informatique (B2i), vous pourrez réellement évaluer les compétences de vos élèves lors de ce projet : parce que vous pourrez les observer à plusieurs reprises, le temps de déroulement du projet vous le permettra ; parce qu’elles seront contextualisées et "en action" : rien de pire à mes yeux, et contraire à l’esprit du B2i, que la démarche qui consiste à faire faire un "exercice" limité dans sa portée et unique dans le temps, spécialement pour évaluer une des compétences du référentiel B2i, bref de "faire du B2i", de "faire de l’informatique"…

Voilà ; n’oubliez pas…

J’espère avoir été utile aux collègues enseignants en premier degré, qui sont le "public cible" de la formation, mais aussi aux autres, car je suis persuadé (pour l’expérimenter avec des étudiants de master) que la démarche sera productive également au collège, au lycée, à l’université et en formation d’adultes.

Et n’hésitez pas à commenter cet article !

* Les deux cartes mentales, dont je suis l’auteur, sont mises à disposition sous licence Creative Commons (paternité – pas d’usage commercial – pas de modification). Vous pouvez donc les rediffuser et réutiliser, à condition de respecter les termes de cette licence. Dans ce cas, un petit commentaire à cet article ou un mail à mon attention serait le bienvenu.
Licence Creative Commons
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 France.

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Auteur : Bruno Parmentier

Ingénieur de formation, spécialiste TUICE et e-learning, enseignant en master "métiers de l'enseignement et de la formation" - voir aussi http://www.bpformation.net

2 réflexions sur “TUICE et tâches complexes

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